Le dernier rapport de l’ONUDC sur la criminalité mondiale liée aux espèces sauvages dresse un tableau sombre. Cette analyse systématique de la criminalité liée aux espèces sauvages examine tous les aspects, des itinéraires d’expédition dans le pays d’origine aux pratiques de transit et au marché final dans le pays de destination. Le trafic d’espèces sauvages reste un problème mondial qui met en danger la diversité et les écosystèmes fragiles, de l’Amazonie au Triangle d’Or en Asie du Sud-Est. Des milliers d’espèces sauvages sont touchées. Et si l’ivoire d’éléphant et la corne de rhinocéros font l’objet d’une grande attention, de nombreux animaux passent tout simplement inaperçus.

Le 9 mai 2024, iGlobenews a assisté à la conférence de presse organisée par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) pour présenter le dernier rapport sur la criminalité liée aux espèces sauvages dans le monde en 2024. La présentation a été faite par Angela Me, analyste en chef de la recherche et des tendances à l’ONUDC. Basé à Vienne, en Autriche, l’ONUDC aide les États membres à lutter contre les drogues illicites, le crime organisé et le terrorisme par le biais de recherches, de politiques et de projets sur le terrain. L’organisation fournit une assistance technique dans des domaines tels que la réforme de la justice pénale, la lutte contre la corruption, la prévention et le contrôle des drogues, et la lutte contre le trafic.

Le Rapport mondial 2024 sur la criminalité liée aux espèces sauvages est l’étude la plus complète et la plus récente sur le domaine complexe du trafic illicite d’espèces sauvages. Il analyse les tendances actuelles en matière de trafic d’espèces sauvages protégées. Le rapport présente une analyse systématique des ravages causés par la criminalité liée aux espèces sauvages. Les nouveaux travaux de terrain menés par l’ONUDC pour le rapport intègrent sa réponse aux décisions de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) et passent en revue la littérature scientifique croissante dans ce domaine.

Le rapport met en évidence plusieurs études de cas, notamment le commerce illégal d’orchidées, d’hippocampes, de bois de rose, d’ivoire d’éléphant, de corne de rhinocéros et de pangolins. iGlobenews a publié plusieurs articles attirant l’attention sur le massacre illégal d’animaux sauvages à des fins commerciales, alimentaires ou médicinales. La médecine traditionnelle chinoise (MTC) est souvent à l’origine d’un certain nombre de ces pratiques illégales, notamment la demande d’hippocampes et de bile d’ours malais.

https://www.iglobenews.org/saving-the-seahorse-here-today-gone-tomorrow/
https://www.iglobenews.org/fr/la-medecine-traditionnelle-chinoise-menace-les-ours-malais/
https://www.iglobenews.org/fr/la-namibie-et-le-zimbabwe-abattent/

L’ampleur mondiale de la criminalité liée aux espèces sauvages reste considérable. Entre 2015 et 2021, 162 pays et territoires ont été impliqués dans le trafic illégal d’espèces sauvages, touchant environ 4 000 espèces végétales et animales.

Si le rapport souligne les progrès réalisés au cours de la dernière décennie en matière de braconnage et de commerce illégal d’ivoire d’éléphant et de corne de rhinocéros, de nombreuses espèces animales ne font pas l’objet d’une couverture médiatique aussi importante et leur trafic passe inaperçu aux yeux du grand public.

La criminalité liée aux espèces sauvages menace non seulement les animaux et les plantes faisant l’objet d’un trafic, mais aussi des écosystèmes entiers en perturbant la délicate interdépendance entre les différentes espèces. Le changement climatique en subit les conséquences négatives, tout comme l’économie des pays concernés.

À titre d’exemple, le cadre juridique régissant et sanctionnant le commerce illégal du bois et des produits de la pêche, qui n’est pas réglementé par la CITES, relève de la compétence des législateurs nationaux. Cela signifie que les pays qui dépendent fortement de ces revenus sont peu incités à se montrer stricts en matière de limites de récolte, de transport, de taxation et de contrôle des exportations. Ces réglementations ne s’appliquent qu’au niveau national et ne dépassent pas les frontières de ces pays. Pour contrer cela, les pays importateurs adoptent leurs propres cadres juridiques qui peuvent (par exemple) exiger la preuve d’une origine légale.

Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), les exportations mondiales des principales catégories de bois non transformé sont estimées à 51 milliards de dollars en 2020. Le marché mondial de la capture d’animaux sauvages s’élevait à 90 millions de tonnes.

L’ONUDC a étudié les auteurs d’infractions liées aux espèces sauvages afin de s’attaquer au problème à la source. Conclusion : Internet et les réseaux sociaux jouent un rôle important dans le recrutement des acteurs et la facilitation de ces infractions.

Le crime organisé est actif dans le trafic d’espèces sauvages. Les gains illicites tirés des infractions liées aux espèces sauvages favorisent la corruption et encouragent le blanchiment d’argent afin de dissimuler les flux financiers illicites. Pour lutter contre le crime organisé international, des mesures répressives contre le trafic d’espèces sauvages doivent également être organisées aux niveaux national, régional et international.

INTERPOL et l’Organisation mondiale des douanes (OMD), bien qu’elles aient remporté des succès dans leur lutte, n’ont fait qu’entamer la pratique continue du trafic d’espèces sauvages, alimentée par la demande.

Un rapport publié en février 2025 sur l’opération mondiale concertée « Thunder » menée par INTERPOL et l’OMD a permis la saisie de près de 20 000 animaux vivants et l’arrestation de 365 personnes dans 138 pays. L’opération Thunder est une initiative annuelle coordonnée entre les douanes et les autorités chargées de la protection de la faune sauvage de nombreux pays, qui travaillent ensemble pour procéder à des saisies, arrêter des suspects et démanteler les réseaux criminels transnationaux impliqués dans des activités telles que le braconnage et le commerce illégal de bois.

Selon le secrétaire général d’INTERPOL, Valdecy Urquiza : « Le commerce illégal d’espèces sauvages continue de croître rapidement, il est très lucratif et a des effets dévastateurs ».

L’opération Thunder 2024 s’est déroulée du 11 novembre au 6 décembre 2024. Elle a permis d’identifier six réseaux criminels transnationaux soupçonnés de trafic d’animaux et de plantes protégés par la CITES. Les animaux vivants, parmi lesquels figuraient des félins, des oiseaux, des pangolins, des primates et des reptiles, ont été sauvés dans le cadre de 2 213 saisies effectuées dans le monde entier. Au total, plus de 100 entreprises impliquées dans le trafic d’espèces protégées ont été identifiées.

Des actions régulières telles que l’opération Thunder permettent aux enquêteurs de constituer une base de données mondiale complète et des profils détaillés des contrevenants, ce qui améliore considérablement l’efficacité des efforts de répression et la résolution des affaires transfrontalières.

Photo : Puma en cage. © Freepik
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