L’ours malais est au bord de l’extinction. Il est chassé, capturé, exploité et tué pour sa bile. La médecine traditionnelle chinoise (MTC) considère la bile d’ours malais comme un remède à de nombreuses maladies humaines. Les mesures prises pour mettre fin à l’exploitation illicite et à la torture des ours malais, dont la population mondiale continue de décliner, sont insuffisantes.
Daniella Vanova
6 mars 2023
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Les ours malais sont indispensables à la préservation des forêts tropicales humides. Ce sont les plus petits ours au monde. Un ours malais adulte mesure environ 1,2 mètre. Principalement présents en Chine, en Birmanie, en Malaisie, au Myanmar, en Thaïlande, à Sumatra, au Laos, au Cambodge, au Vietnam et à Bornéo, ils sont chassés pour leur bile. La pandémie de COVID-19 a renforcé l’intérêt pour le braconnage des ours malais, en raison de la suggestion de la Commission nationale chinoise de la santé de traiter le virus par une injection de « médecine traditionnelle » contenant de la bile d’ours.
Décrite pour la première fois en 659 après J.-C. pendant la dynastie Tang en Chine, la bile d’ours malais était récoltée dans la croyance qu’elle traitait les hémorroïdes, les maux de gorge, les entorses, l’épilepsie, la fièvre, l’inflammation et éliminait les toxines du foie. De nombreuses études ont montré que la bile synthétique contient le même ingrédient que la bile véritable, l’acide ursodésoxycholique (UDCA). Ce substitut pourrait être utilisé pour traiter ces problèmes de santé. Pourtant, le mythe selon lequel seule la bile naturelle est efficace persiste en Chine et en Asie.
L’ours malais est inscrit à l’annexe I de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) afin d’empêcher son exploitation. L’annexe I répertorie les espèces les plus menacées parmi les animaux et les plantes inscrits à la CITES. Ces espèces sont considérées comme menacées d’extinction. La CITES interdit en principe le commerce international de ces espèces. Malgré cette inscription, l’exploitation et le massacre de l’ours malais se poursuivent.
Le commerce illégal des ours malais est une activité lucrative. Les fermes commerciales d’élevage d’ours malais en captivité ont vu le jour à la fin des années 1970 dans l’espoir de protéger les ours sauvages de la chasse. Cette mesure avait été approuvée par le gouvernement chinois. Cette politique a eu l’effet inverse de celui escompté. La demande pour leur bile a augmenté, tout comme leur souffrance et leur capture dans la nature. Des dizaines de milliers d’ours continuent d’être élevés à des fins commerciales pour leur bile en Chine, et leurs conditions de vie et leur traitement étaient, et sont toujours, ignobles. Enfermés dans de minuscules cages, leurs dents et leurs griffes sont cassées et retirées pour les empêcher d’attaquer leurs gardiens. Ils souffrent constamment à cause du cathéter utilisé pour extraire leur bile.
En 2020, l’élevage commercial a été interdit dans 20 provinces chinoises. Pourtant, près de 100 fermes abritant entre 7 000 et 10 000 ours prouvent que cette interdiction n’est pas appliquée par les autorités chinoises. Au Laos et en Indonésie, les intérêts commerciaux peu scrupuleux l’emportent sur les lois de conservation. Au Laos, le nombre de fermes a triplé en cinq ans, passant de 40 en 2008 à 120 en 2013.
La population d’ours malais a diminué de 30 % au cours des trois dernières décennies, ce qui a conduit l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à déclarer que l’ours malais est au bord de l’extinction. En 2019, l’UICN intergouvernementale a adopté le Plan d’action 2019-2028 de la Convention sur l’ours malais, qui comprend des initiatives pratiques destinées aux agences gouvernementales des États et provinces où l’élevage n’a pas été interdit.
Les initiatives visant à sauver l’ours malais se sont multipliées. L’objectif est d’éliminer les fermes commerciales où l’on extrait la bile, de faire respecter les lois nationales interdisant ces fermes et les accords internationaux protégeant l’ours malais. Il est également nécessaire de sensibiliser le public. En Malaisie, les efforts visant à assurer la survie des ours malais ont pris de l’ampleur. Le Bornean Sun Bear Conservation Centre (BSBCC) joue un rôle de premier plan dans ce domaine. Il sauve et réhabilite les ours malais orphelins et organise des programmes éducatifs dans les écoles. Des ONG internationales telles que le Fonds mondial pour la nature (WWF) travaillent en étroite collaboration avec les communautés locales et les ONG afin de protéger l’habitat de l’ours malais et de mettre fin au commerce illégal.
Il faut faire davantage pour mettre fin au braconnage et au commerce illégal de ces ours en voie de disparition. Il est essentiel de sensibiliser le public au traitement inhumain réservé aux ours malais et à leur importance pour les écosystèmes locaux afin d’assurer la survie du plus petit ours du monde. L’ours malais n’a aucune chance de survivre à la demande sans cesse croissante de sa bile dans la médecine traditionnelle chinoise s’il ne bénéficie pas de la protection juridique qu’il mérite.






