Le 22 novembre, le sommet des Nations unies sur le climat COP30 a pris fin. Ce sommet a été décevant à bien des égards. Pour la Chine, il a été l’occasion de combler le vide laissé par les États-Unis, qui se sont retirés de la diplomatie climatique.

Jihane Karimou
18 décembre 2025
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La COP30 a fait les gros titres pour toutes les mauvaises raisons. Une succession ininterrompue de manifestations, la destruction de vastes étendues de forêt tropicale pour construire une route menant au centre des congrès de Belém, deux méga-navires pour héberger les participants à la conférence, un incendie majeur dans le hall et une conclusion très décevante, sans accord sur l’élimination progressive des combustibles fossiles, l’objectif déclaré du président Lula au début de la conférence. Un groupe de pays producteurs de pétrole, dont l’Arabie saoudite, l’Inde et la Chine, a bloqué cette élimination progressive. Le sommet a fait beaucoup de bruit pour rien !

Fidèles à la position de la nouvelle administration américaine sur toutes les questions liées au climat, les États-Unis n’ont pas envoyé de délégation officielle à Belém. L’administration Trump s’est certainement réjouie de l’échec de la COP30 à prendre des engagements qui auraient un impact sur le commerce international et l’utilisation et la production de combustibles fossiles.

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a profité de ce vide pour se positionner comme le prochain candidat des démocrates pour 2028. Il a conduit une importante délégation de responsables locaux et régionaux afin de montrer que la Californie reste engagée dans la lutte contre le changement climatique. Sa présence a souligné la division des États-Unis en matière de politique climatique, les États dirigés par les démocrates continuant de soutenir le programme de Biden favorable au climat.

Alors que les États-Unis se retirent, la Chine a rapidement comblé le vide à la COP30. Son pavillon à Belém est plus grand et plus visible que jamais, présentant le leadership national en matière d’énergies renouvelables et signalant son intention de façonner l’agenda du sommet.

Les responsables chinois ont laissé entendre que la position du pays en tant que premier producteur mondial de technologies propres pourrait offrir des avantages concrets aux pays en développement. Leur approche reflète leur objectif géopolitique plus large qui consiste à étendre leur sphère d’influence à l’Amérique latine, considérée comme l’arrière-cour des États-Unis.

Si les investissements stratégiques de la Chine dans les énergies renouvelables, les véhicules électriques et la fabrication de batteries sont considérables, ils ne représentent qu’une partie d’un engagement économique et diplomatique beaucoup plus large. Alors que les pressions économiques s’intensifient, de nombreux pays émergents se tournent vers les technologies et les financements chinois, qui constituent les ressources les plus accessibles et les plus abordables pour mener à bien leur transition énergétique.

Le rôle actif de la Chine à la COP30 s’inscrit dans le cadre d’un effort plus large visant à étendre et à renforcer ses liens avec les pays du Sud. Dans un contexte de divisions internes entre les acteurs occidentaux, Pékin s’impose comme un partenaire fiable en fournissant des investissements, des prêts et en s’engageant dans des initiatives multilatérales. Si des doutes subsistent quant à la trajectoire globale des émissions de la Chine, sa capacité à mettre en place des infrastructures à faible émission de carbone a renforcé son influence politique.

Ensemble, ces développements reflètent une transition plus large dans la gouvernance climatique mondiale. En l’absence des États-Unis et face à une Europe faible et divisée, la Chine saisit l’occasion de façonner l’action internationale en faveur du climat et de renforcer sa présence dans les régions qui seront au cœur de l’avenir de la transition. Cela a créé un fossé au sein de l’hémisphère, l’influence de la Chine s’étendant dans le sud tandis que les États-Unis restent concentrés sur l’Amérique centrale et les Caraïbes.

Le Brésil espérait profiter de cet élan pour renforcer la coopération multilatérale et les négociations sur la protection des forêts et le financement de la lutte contre le changement climatique. Dans le cadre de cet effort, le Brésil a proposé le Mécanisme d’action de Belém, un cadre visant à coordonner une élimination « rapide, équitable et financée » des combustibles fossiles, signe d’un intérêt croissant pour une coopération plus structurée. Pour certains, il s’agit d’une tentative désespérée pour sauver la COP30.

Selon l’enquête climatique 2023-2024 de la Banque européenne d’investissement, 91 % des Latino-Américains déclarent être personnellement touchés par le changement climatique. Ce mandat renforce le poids diplomatique de la région, alors que des pays comme le Brésil, la Colombie, le Chili et le Costa Rica intègrent des objectifs climatiques dans leurs programmes de développement plus larges. Le soutien public à la transition énergétique et à la protection des forêts a renforcé les appels en faveur d’une augmentation du financement international et du transfert de technologies.

L’Europe est arrivée à la COP30 avec un programme affaibli en matière de changement climatique. L’Union européenne, autrefois leader mondial, est aujourd’hui confrontée à des pressions économiques et militaires liées à la guerre en Ukraine. L’inflation et la désindustrialisation sont l’une des conséquences du fait que l’Europe a délaissé le gaz russe bon marché au profit d’importations coûteuses de GNL en provenance des États-Unis.

Les objectifs climatiques ont été relégués au second plan pour de nombreux pays européens. L’Allemagne, dont l’industrie automobile est le pilier de l’économie, se détourne des voitures électriques, peut-être trop tard pour sauver de nombreux emplois. De nombreux pays, dont l’Autriche, suppriment progressivement les subventions climatiques.

Les pressions extérieures, notamment celles exercées par les États-Unis et les principaux exportateurs de combustibles fossiles, compliquent encore la position de l’Europe. L’UE reste l’un des principaux contributeurs au financement de la lutte contre le changement climatique, mais les interrogations sur ses ambitions nationales ont miné sa crédibilité auprès de certains partenaires du Sud.

La COP30 se tient à un moment où le fossé entre les engagements climatiques et les actions concrètes continue de se creuser. Les émissions mondiales sont toujours en hausse. Le Programme des Nations unies pour l’environnement prévoit une trajectoire menant à un réchauffement de près de 3 °C d’ici la fin du siècle. La demande croissante en électricité, en partie due à l’intelligence artificielle, ajoute une pression supplémentaire sur une transition énergétique déjà mise à rude épreuve.

Le financement reste le principal obstacle. De nombreux pays sont confrontés à des contraintes budgétaires, et les pays en développement avertissent que sans une augmentation significative du soutien financier, l’adaptation et la réduction des émissions resteront hors de portée.

Avec l’émergence de la Chine comme nouveau leader dans le domaine des technologies climatiques, la résistance des États-Unis persistera, tandis que l’Europe restera divisée et affaiblie.

Photo : Marche mondiale des peuples autochtones à Belém Belém (PA), 17 novembre 2025 – Marche des peuples autochtones COP30 PA – Les peuples autochtones et les militants se sont réunis ce lundi 17 novembre pour la marche mondiale des peuples autochtones pour le climat, qui a défilé dans les rues de Belém pendant la 30e conférence des Nations unies sur les changements climatiques de 2025 (COP 30). © IMAGO / TheNews2
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